#Chronique Romans de Leïla Slimani

  Aux éditions Gallimard

Dans ses romans, Leïla Slimani, de sa plume ensorceleuse et incisive, explore et interroge les perversions de l’âme humaine.

« Le jardin de l’ogre » aborde l’addiction sexuelle chez son héroïne.

Dans « Chanson douce », une nounou bascule dans le crime.

Le jardin de l’ogre — 2014

Le style est sans concession. L’auteure n’est pas là pour nous conter de la romance à l’eau de rose qui nous rassure. Elle sort de sa zone de confort et conduit son lecteur vers des sentiers plus marécageux, au seuil de la folie.

Ce livre aurait pu s’appeler la vie sexuelle d’Adèle R. (en référence au roman de C.Millet) mais l’ouvrage est plus subtil, plus relevé. Ce jardin de l’ogre représente l’utérus insatiable de l’héroïne, Adèle Robinson, prisonnière de ses pulsions sexuelles, une nymphomane. Elle ne pense qu’à « ça ».

Mère de famille, elle est journaliste dans un journal de presse, un poste qu’elle a obtenu par piston. Son mari, chirurgien, lui offre un train de vie confortable à l’abri du besoin. Il est même question d’une mutation pour lui et la perspective d’une belle maison en province qu’elle semble bouder et pour cause.

Adèle mène une double vie, une double existence soumise à ses addictions sexuelles alternant les jours d’abstinence et ceux où elles succombent en toute inconscience ; une toxicomane sous l’adrénaline du danger et du plaisir. Dans son sac, un téléphone à clapet sur lequel elle réceptionne les messages de ses amants.

Elle ne court pas après l’amour. Elle court après les corps qui s’entrechoquent, le sexe qui la remplit.

Elle dégage une personnalité superficielle. La seule chose qui compte pour elle, c’est de susciter l’intérêt dans le regard des hommes.

Jusqu’au jour où son mari a un accident de scooter, une longue convalescence le contraint à rester chez lui. L’étau se resserre, il découvre … tout.

L’amour parviendra-t-il à faire accepter l’inacceptable ?

Vous l’aurez compris, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Excellente lecture.

Chanson douce — Prix Goncourt 2016

Voici un livre que je souhaitais lire depuis longtemps.

Un roman coup de poing.

L’histoire a été inspirée d’un fait réel qui s’est déroulé aux États-Unis.

Le style est tranchant, les phrases courtes, le tout savamment rythmé pour mener à bien ce drame psychologique.

L’écrivaine jette l’effroi dès le premier chapitre où l’issue tragique de l’histoire est révélée : un bébé mort, une enfant entre la vie et la mort.

Il s’agit de Mila et Adam, les enfants du couple, Myriam et Paul.

Nous plongeons dans ce récit macabre pour tenter de comprendre ce qui a poussé la nounou à un tel crime.

Myriam, avocate au barreau, a mis sa vie professionnelle entre parenthèses pour se consacrer à son foyer. C’est après le deuxième enfant qu’elle commence à trouver le temps long, à ne plus supporter cette vie morne et carcéral entre les cris des enfants, les balades au parc tandis que son compagnon s’épanouit au travail. Elle rencontre un collègue qui vient de monter son cabinet d’avocats et lui propose un poste. L’occasion pour elle de reprendre son activité et de tourner une nouvelle page de sa vie ?

C’est alors que Louise, la nounou entre en scène. Aux références impeccables, elle représente la nounou idéale.

Petit à petit, elle s’impose dans le quotidien de la famille, les enveloppant de menus services auxquelles on ne lui oppose aucune contestation – car elle est plutôt arrangeante – jusqu’à devenir indispensable. Une huis clos s’instaure entre les protagonistes jusqu’au drame. Omniprésente, elle devient dérangeante.

Louise le sent. Les enfants grandissent. Bientôt, le couple n’aura plus besoin d’elle. Que va-t-elle devenir après eux ? Elle a fait de cet appartement, son antre, sa bouée de sauvetage, le mirador de son devenir.

Une romancière de talent qui n’a pas fini de nous surprendre…

Chronique à télécharger sur ce lien : #7 Romans Leila Slimani

#L’instant du bain

L’instant du bain est ce moment précis où après avoir rempli votre baignoire d’eau chaude et de mousse, marin d’eau douce, vous plongez délicatement un pied pour prendre la température. Puis, de la pointe des fesses, vous immergez petit à petit votre corps tout entier dans l’ivresse d’une vapeur frémissante pour ne laisser paraître un seul centimètre carré de peau, jusqu’à ce que votre tête repose, sur la surface inclinée.

Paupières closes, vous y êtes !

Doucement, les tensions se relâchent, votre rythme cardiaque s’apaise, de doux frissons parcourent votre épiderme. L’onde, matrice originelle de votre renaissance, berce votre âme, dans la torpeur d’un silence ouaté, qu’un fond de musique vient parfois égayer. Ce rituel immuable n’admet aucun dérangement ; aucun cri, aucune sollicitation ne saurait être supporté, ce qui annihilerait tragiquement l’effet relaxant et méditatif de cette immersion sacrée.

A vos petits bonheurs inavoués !

# Chronique

#Sauvons le climat

Livre jeunesse — Le monde des Ouka — Sauvons le climat aux éditions Ouka & Co

C’est l’été ! Voici un sujet pleinement d’actualité avec cette canicule qui s’abat sur notre beau pays.

Je vous propose un album coloré et poétique destiné à ce public exigeant et curieux que sont nos petits marmots en culottes courtes sur le thème du changement climatique :
« SAUVONS LE CLIMAT » écrit par l’auteure Carole Stora-Calté et joliment illustré par l’illustrateur Vincent Fisson.

L’ouvrage est sous label UNESCO et préfacé par trois personnalités : Jean Jouzel Climatologue-Prix Nobel de la Paix 2007), Nicolas Hulot et Alain Bougrain-Dubourg.

Cette lecture s’adresse aux enfants à partir de 4 ans et traite de façon ludique sous forme de conte de l’environnement. C’est d’ailleurs un des seuls ouvrages dans la littérature jeunesse qui sensibilise sur le changement climatique.

Je remercie Carole Stora-Calté de me l’avoir fait découvrir.

Qui sont les OUKA ?

Partez à l’aventure des Ouka pour comprendre ce qui bouleverse le climat de notre planète et ce que nous pouvons faire pour la préserver.

Les Ouka sont de petits êtres venus d’un monde merveilleux. Ils partent en vacances sur la planète des hommes. Quelle n’est pas leur surprise en découvrant que la planète se porte mal!
Dans les pays où il fait chaud, la terre devient tout sec. Dans les pays où il fait froid, la banquise fond à vue d’œil. Et dans les climats tempérés où il ne fait ni trop chaud ni trop froid, les territoires subissent des inondations.

Les OUKA ont un outil extraordinaire pour venir en aide : des arcs-en-ciel magiques.
Mais ils n’ont pas assez d’arcs-en-ciel pour sauver toute la planète. Ils font alors comprendre aux humains qu’ils doivent prendre leur destin en main et trouver des solutions écologiques pour la protéger.

Ce n’est pas évident de faire comprendre aux enfants la notion de pollution et de dérèglement climatique. C’est avec beaucoup de poésie et de délicatesse que l’auteure trouve les mots justes pour sensibiliser le jeune lecteur à ce vaste sujet.

Je salue cette belle initiative. C’est un ouvrage qui mérite toute notre attention.

Pourquoi ne pas partager cet album haut en couleurs et en apprentissage avec les enseignants de vos enfants ?

Mme Carole Stora-Calté a effectué plusieurs fois des interventions dans les écoles primaires, en France, en Belgique et en Angleterre.

J’espère vous avoir donné envie de faire découvrir le monde des Ouka à vos enfants.

Belle lecture #Sauvons le climat

N’hésitez pas à partager !

Pour suivre cette belle aventure

Voici les coordonnés du site et de la page Facebook :

www.ouka.fr (ENG/ FR)

ww.facebook.com/oukaandco

@oukaandco

 

# 5 Chronique

  Domaine : Drame psychologique

Roman — Anouk édité en janvier 2019 aux éditions du Lys Bleu

Je remercie l’auteure Olivia Quétier de m’avoir confié son nouvel ouvrage « Anouk ».

C’est l’histoire d’une femme, mariée, mère de deux jeunes enfants, qui a tout pour être heureuse. Pourtant, elle décide un jour de tout quitter, sans prévenir, sans laisser de traces. Juste partir, fuir, loin, disparaître simplement.

Elle ne se rendra pas à son travail, n’ira pas chercher ses enfants à l’école, et ne répondra plus à son mari au téléphone.

Changer de vie dans le sens de disparaître implique des changements radicaux. Anouk changera tout, de relations, de métiers, de personnage. Comme un manteau trop lourd à porter, elle se délestera du passé pour se créer une nouvelle identité, une nouvelle vie.

Roman à deux voix, les chapitres alternent le point de vue de l’héroïne et celui de Pierrick, son mari qui tente de retracer son parcours tout en assurant son rôle protecteur auprès des enfants.

La lecture est addictive, le rythme haletant, c’est une course contre la montre.

Âme perdue, Anouk est un mystère pour elle-même. Répondant à l’appel de ses démons intérieurs, sa vie implose à grand fracas pour toucher le seuil de la folie où il n’y a plus de frontières, plus de repères, où les addictions sont légion. Nous assistons impuissant à sa descente aux enfers. Faut-il toucher le fond pour se rapprocher au plus près de sa vérité, de son authenticité ?

Son histoire personnelle se délit comme un ruban au fil de la lecture révélant des non-dits, un manque de communication qui par petites touches nous aiguillent sur la compréhension de son mal-être. Pour autant, la souffrance du personnage est telle qu’il est difficile de cerner sa personnalité, de capter son ressenti intérieur. On se raccroche à Pierrick cherchant auprès de lui une rationalité qui nous échappe.

Son départ précipité de la maison m’a laissé dès le départ une mauvaise impression sans que je puisse m’en défaire d’autant que le début du récit s’ouvre sur un fort ressentiment. On se pose légitimement la question, une mère peut-elle quitter ainsi ses enfants, un mari aimant ? Différentes émotions nous traversent ; on oscille entre le malaise, l’agacement et le besoin de compréhension.

C’est un récit qui nous bouscule et nous pousse à l’introspection. On retrouve la plume de l’auteure fluide et délicate. Olivia Quétier dépeint avec justesse les tourments de l’âme, la souffrance humaine. Je vous garantis que c’est un livre qui vous tiendra en haleine jusqu’au dénouement final.

Anouk parviendra-t-elle à renouer avec sa famille ?  Je vous laisse découvrir ce bel ouvrage qui pour sûr ne vous laissera pas indifférent.

Je vous souhaite une belle lecture, un bel été !

> Pour vous procurer l’article, le voici en pdf : Service Presse_Chronique_Anouk_Olivia Quétier

#4 Chronique

#Les prénoms Epicènes, roman édité chez Albin Michel

Je ne manque jamais une rentrée littéraire de notre chère Amélie Nothomb.

Et ce roman certes court comme toujours, ne m’a pas déçue. J’avais le choix de n’en faire qu’une bouchée ou bien de le déguster pour qu’il dure un peu… juste un petit peu.

A travers les prénoms épicènes, c’est une histoire d’amour si on peut appeler cela de l’amour. Une histoire de vengeance. Cela paraît même invraisemblable qu’une telle histoire existe ! L’intrigue se dévoile au fur et à mesure. C’est grinçant, dur, sans concession.

L’histoire d’un homme Claude qui veut se venger d’une rupture amoureuse.

Il y a Dominique, l’appât, le faire-valoir pour satisfaire un plan machiavélique. Après Frappe toi le cœur ! C’est le rapport père-fille qui est évoqué.

De Deux prénoms épicènes ne pouvait naître de cette union qu’un prénom : Epicène. Une jeune fille belle, intelligente, précoce, qui comprend du haut de sa petitesse qu’il n’y a rien à attendre de ce père qui ne l’aime pas. Elle non plus. Mais de l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas.

Claude n’éprouve aucun amour pour Dominique, la femme qu’il épouse. Seul compte la réussite, l’apparence, le but, celui de se rapprocher de Reine, celle qui l’a offensé au plus profond de lui-même plusieurs années auparavant en choisissant un autre homme que lui. La naissance d’Épicène ne viendra fendre la carapace tant il est aveuglé par la vanité de sa vengeance.

Il y a le verbe to crave sur lequel la jeune fille fonde sa thèse et qui signifie « avoir un besoin éperdu de », écho inconscient à ce qu’a éprouvé son père toute sa vie.

La conclusion de la tierce personne est intéressante car elle pose la question sur le personnage principal de ce récit qui est sans nul doute Epicène.

Je vous laisse découvrir, déguster, savourer ce roman si ce n’est déjà fait.

#4 Chronique_Les prenoms epicenes

Écrit-on auteur, auteure ou autrice?

Faut-il féminiser les noms de métiers? Le 28 février dernier, une révolution a eu lieu sous la coupole de l’académie française. Le Projet Voltaire nous éclaire dans un article sur les recommandations de l’institution.

En voici un extrait :

Auteur, auteure ou autrice ?
Au féminin, il devient :
 auteure : forme la plus courante ;
 autrice : forme moins courante, mais qui connaît un regain de vitalité, notamment dans les milieux universitaires. Elle est la plus satisfaisante du point de vue linguistique (on dit bien une créatrice ou une réalisatrice). À noter que autrice n’est pas un néologisme : il était en usage du XVIe au XIXe siècle !

L’Académie n’écarte pas pour autant la forme masculine auteur, compte tenu du « caractère tout à fait spécifique de la notion, qui enveloppe une grande part d’abstraction (…) comme c’est le cas pour « poète » voire pour « médecin » ».

De manière générale, l’Institution n’écarte pas, dans certains cas, le maintien de la forme masculine : « Les raisons qui, en certains cas, s’opposent à la féminisation ne peuvent être a priori considérées comme irrecevables », évoquant des écueils « pratiques » et « psychologiques ».

Pour ma part, ce n’est là que mon avis personnel, je préfère le terme d’auteur-e. Car cela sonne merveilleusement bien à l’oreille. Autrice, ça crisse sous mes gencives bien que créatrice, réalisatrice sont courant. Ce n’est qu’une histoire de musicalité. Comme je préfère le terme d’écrivain à écrivaine. C’est pas de veine!

Bonne lecture,

Article complet que vous pouvez consulter:

Projet Voltaire – Féminisation des noms de métiers

#3 Chronique

#Poupelle et la ville sans ciel de Akihiro Nishino

Novembre 2018 aux éditions Nobi nobi

Album jeunesse — Poupelle et la ville sans ciel

(Entotsu-chou no Poupelle en japonais)

En cette fin d’année, mes doigts effleuraient le dos ronronnant des beaux livres au rayon jeunesse quand je suis tombée, quel bel hasard, sur cet ouvrage « Poupelle et la ville sans ciel », le seul et unique. Un petit bijou qui n’attendait que moi !

Coup de cœur immédiat par sa resplendissante couverture, et après avoir lu la quatrième de couverture, je l’embarquai avec moi pour découvrir l’histoire.

Les pages se tournent avec ferveur et délice tant les illustrations sont magnifiques.

On remercie l’auteur et cette équipe d’une trentaine d’illustrateurs japonais de nous offrir un si beau voyage de lecture. Cela fait longtemps que je n‘ai pas été aussi enchantée.

C’est l’histoire d’un monstre né d’un cœur perdu un soir d’Halloween, l’homme-ordure nommé Poupelle.

La ville est entourée de hautes falaises de quatre mille mètres où le ciel est recouvert d’une pollution dense et opaque de telle sorte que les habitants ignorent qu’on puisse admirer des étoiles.

Poupelle se lie d’amitié avec Lubbichi, un petit ramoneur mais celui-ci est victime de brimade par ses camarades tant l’homme-poubelle dégage une odeur pestilentielle. Sa réputation a fait le tour de la cité. Personne ne veut de lui.

Une aventure poétique qui nous apprend que derrière les apparences (soit monstrueuse et odorante) se cache un bel esprit. A découvrir pour le plaisir des yeux et de la lecture !

#3 Chronique_Poupelle et la ville sans ciel